Expulsions, nettoyage urbain et la COP21

Le matin du 31 août, sept militant-e-s de la justice climatique du groupe des JEDI – dont des Jeunes Amis de la Terre – étaient réuni-e-s au squat des Baras aux Lilas en banlieue parisienne. La ville est située dans le 93, à quelques kilomètres du Bourget où se tiendra la grande conférence climat de l’ONU, la COP21, dans trois mois.

Quatre d’entre nous avaient passé la nuit au local, avec le collectif de travailleurs réfugiés, les Baras (Baras signifie travailleurs en bambara). Le groupe est constitué d’hommes dont la plupart viennent du Mali. Ils étaient nombreux à avoir fui la guerre en Lybie et ont traversé l’Italie et la France avant d’arriver en banlieue parisienne. Ils travaillent maintenant dans des secteurs pénibles, au noir. Tant que l’Etat ne régularisera pas leur situation, ils ne pourront trouver de logement.

Le bâtiment occupé était vide depuis des mois, et ses habitants avaient des preuves matérielles qu’ils l’occupaient depuis une dizaine de jours. La loi était donc de leur côté : au bout de 48h d’occupation des lieux toute expulsion est illégale.

Alors que le 30 août des rumeurs d’expulsion se répandent, nous faisons un appel à mobilisation pour soutenir le collectif, pour tenter de résister à toute tentative d’intervention policière. Beaucoup d’entre nous ne dorment pas cette nuit là, avec les membres du collectif nous buvons du café sur le trottoir pour surveiller les coins de rue. A 6 heures, une voiture de police passe devant notre pas de porte, pour nous demander ce que nous faisons là. “Nous prenons le café”, répond-on.

Alors que le soleil se lève, à 7h30 du matin, 4 camions de CRS se garent au coin de la rue. Nous nous prenons par les bras et essayons de barrer la porte d’entrée… mais nous ne sommes pas assez nombreux. Au bout de 15 minutes, ils réussissent à nous déloger, forcent la porte et vident le bâtiment. Sous le regard médusé des voisin-e-s…

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Juste après l’expulsion (Nnoman)

L’intervention était violente, nous nous prenons une salve de gaz lacrymogènes. Un des membres du collectif Baras est arrêté. Nous nous dirigeons donc vers la mairie des Lilas, puis au commissariat de Bagnolet (une ville voisine du 93) pour exiger la libération de notre camarade. Il sortira à 15h30.

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Manifestation devant le commissariat de Bagnolet (Pierre Gautheron)

Depuis, nous avons appris que le collectif a réinvesti son premier squat de Bagnolet, mais une nouvelle expulsion est déjà prévue pour le 23 septembre. Une manifestation est en cours d’organisation pour résister à la décision.

Le nettoyage urbain est en marche dans Paris. La conjonction de la COP21, qui attirera des dizaines de milliers de personnes à Paris, avec le coup de football de l’Euro en 2016, amène les autorités à “nettoyer les rues”, c’est à dire, débarrasser les lieux publics de tou-te-s celles et ceux qui doivent rester invisibles. Car de toute évidence, l’image de notre pays est plus importante que le bien-être et la sécurité des populations les plus vulnérables.

La tolérance zéro est déjà la règle depuis plus d’un an. La répression cible les personnes sans domicile fixe, les habitant-e-s de bidonvilles tels que le Samaritain, les habitant-e-s de squats, les Rroms, les réfugié-e-s, mais aussi les organisation d’assistance à ces populations. Des associations qui servaient des repas chauds depuis des décennies ont été interdites de poursuivre leur action. Alors qu’ils refusent de se plier à cette nouvelle injonction, la police renverse leurs tables et matériel et force l’évacuation… dans un contexte où le nombre de personnes sans domicile a augmenté de 50% en 10 ans.

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Des filles vivant au Samaritain, l’un des plus vieux bidonvilles de France, près du Bourget, où vivaient 300 personnes. Les 90 familles ont été expulsées le 28 août à l’aube, sous une pluie battante, sans que des solutions leur soient proposées par les autorités.

En décembre, le gouvernement français prétendra agir pour le bien de l’humanité. Il prétendra faire tout en son pouvoir pour un problème aussi urgent que le changement climatique. Mais les actes pèsent plus lourd que les mots. Nous avons vu le visage de cet “humanisme”. Nous voyons les expulsions des réfugié-e-s, depuis des mois, nous constatons le manque de volonté manifeste pour trouver des solutions de logement, nous voyons l’étendue de la violence policière à Calais et dans nos villes.

Ils nettoient les rues. Ce n’est pas ça, la justice. Et nous lutterons contre cette injustice, tout comme nous luttons contre le changement climatique.

Adèle, Clémence (Angie)

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Violence policière à Calais

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